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La victime criminalisée...réflexions d'Antonia Ganeto

Dernière mise à jour : 27 juil. 2021


En tant que femme noire, migrante, militante afro-féministe cet événement m'a bouleversée. En effet, il faut un courage inouï à une jeune femme brésilienne ne disposant pas de titre de séjour pour se décider à porter plainte contre son boureau. Etant moi-même récemment victime d'harcèlement racistes et sexistes sur le net , je sais ce que cela implique de porter plainte. Le fait de porter plainte et faire reconnaître les violences subies est déjà très compliqué, voire traumatisant pour la plupart des femmes, ce processus est encore plus lourd pour les femmes qui se trouvent dans une situation de d’insécurité et de dépendance. Pour la victime en l’occurrence, la procédure a durée 5 heures, ce qui pour moi relève d’une vraie torture et je pèse mes mots.

Alors que ce geste de courage devrait être applaudi des deux mains, cet acte a risqué de la mener à sa perte..perte d’un droit de séjour ; de poursuivre ses rêves d’une vie meilleure ou simplement d’avoir une vie décente!

En effet. la réaction de la police grand-ducale et par extension de la loi luxembourgeoise et européenne criminalise une certaine catégorie de migrant.e, par la stigmatisation et la déshumanisation puisque sous prétexte de ne pas disposer de titres de séjours légaux, certains personnes ne méritent pas d’être protégé.e.s et par extension ne sont pas « dignes » de bénéficier des droits humains et crée deux catégories de citoyens les Européens et les Extra-européens ou en d’autres termes : les bons et les mauvais.

Les premiers sont libres de circuler avec quelques formalités ( simple Visa) de part le monde et les autres n’accéderont à NOTRE Eldorado qu’en sacrifiant leurs possessions matérielles parfois leur dignité et même leur vie…

Au-delà de cette stigmatisation je perçois clairement une discrimination de genre, de classe et de race.!! l’injustice est criante. Mais trop souvent l'opinion est conditionnée par le rapport entre légalité et la morale. Or, tout ce qui est légal, n’est pas forcément moral. Car, la Loi, ( c'est à dire tout le dispositif réglementaire, juridique et législatif) est une construction humaine pour permettre la vie en société, elle définit en fait ce qui est permis de ce qui est défendu . L’esclavagisme, le colonialisme, le nazisme étaient légaux mais certainement pas moraux.

Certe l’expulsion du territoire de la victime a été suspendue. Mais au-delà il est urgent d’adresser le problème des sans-papiers. La victime a un domicile fixe, cumule plusieurs jobs rémunérés « au noir » à des tarifs plancher et cotise à la sécurité sociale . Avec la pandémie sa situation ainsi que celles de beaucoup d’autres sans-papier a été déstabilisée. La distribution de colis alimentaires notamment par des organismes comme l’Association de Soutien aux Travailleurs Immigrés a permis d’éviter le désastre. Mais il ne s'agit que d'une bouée de secours A vrai dire , ne pas disposer de papiers de séjours pendant la pandémie entraîne une certaine "mort sociale" de cette catégorie de personnes, qui comme nous tous n'aspirent qu'à une chose: une vie digne! Est-ce un crime?!

Antónia Ganeto porte parole de Finkapé, et nouveau membre du Conseil consultatif des droits de l'homme




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